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À quoi pense la littérature ?
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avec
Olivier Cadiot écrivain
François Cusset historien des idées
Pierre Zaoui philosophe
Et si la littérature n'était pas seulement une histoire, un envoûtement, une confession, une langue, un style, un rythme... mais aussi une pensée ? À quoi ressemblerait-elle ? Ni philosophique, ni politique, ni esthétique, ni conceptuelle, mais peut-être plusieurs petits fragments de chacun de ces savoirs remodelés dans tous les sens. Le lien entre poésie et philosophie, roman et pensée n'a cessé d'être exploré. Le philosophe Gilles Deleuze (1925-1995), par exemple, expliquait que la littérature pensait par « affects » et par « percepts », ces perceptions et sensations qui survivent à ceux qui les éprouvent, alors que la philosophie recourait, elle, aux concepts. « Le métier du philosophe c'est de faire des concepts, le métier de l'artiste c'est de faire des percepts », résumait-il. D'autres, comme Martin Heidegger (1889-1976), ont même souhaité faire disparaître la philosophie au profit de la poésie, selon eux mieux placée pour penser et, parfois même, sauver le monde. Ainsi la littérature n'est pas seulement une affaire de divertissement, d'intertextualité, de recherche formelle, de fiction autocentrée, mais un outil essentiel pour nous aider à résoudre nos problèmes de vie, ainsi qu'une « voie d'accès, qui ne pourrait être remplacée par aucune autre, à la connaissance et à la vérité », explique par exemple Jacques Bouveresse. A quoi pensent les écrivains ? Et à quoi pense la littérature du temps présent ? Sans doute à la contingence, au langage managérial, aux nouveaux mondes urbains et au nouveau désordre mondial, lorsqu'elle quitte la mise en scène de soi et du moi afin d'explorer les arcanes du contemporain. Un dialogue à propos d'un art qui, comme le cinéma, ne cesse d'inventer des formes qui donnent à
penser.
photo © Clémence Hérout
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Olivier Cadiot
L'écriture d'Olivier Cadiot vient d'une poésie sonore qui résonne, se dit, se souffle, taille dans le vif et bouscule les conventions (L'Art poétic', 1988). Une écriture mise à plat, détricotée et couturée, nourrie de sons, de notes, de pointes cybernétiques, notamment pendant l'aventure de la Revue générale de littérature, qu'Olivier Cadiot fonde avec Pierre Alferi en 1995. Chez P.O.L. paraît ensuite une série d'ouvrages à la limite du roman : Futur, ancien, fugitif (1993), Le Colonel des Zouaves (1997), Retour définitif et durable de l'être aimé (2002), Fairy Queen (2002), Un nid pour quoi faire (2007). Tous allient sentiments et images, trivialité et métaphysique, autobiographie et captures du réel, passé et présent, au sein d'une langue à la texture inédite. Dans l'atelier de l'écrivain, les textes s'étoffent puis s'amenuisent, pour que ne reste au final, à l'issue d'un processus de plusieurs années, que ce qu'il faut de mots, pour des livres et des romans taillés au plus près de leur finalité. Olivier Cadiot est, avec Christoph Marthaler, artiste associé du Festival.
Pierre ZaouiMaître de conférences en philosophie à l'Université Paris VII, directeur de programme au Collège international de philosophie, Pierre Zaoui a notamment publié Le libéralisme est-il une sauvagerie ? (Bayard, 2007), Spinoza, la décision de soi (Bayard, 2008) et Vivre c'est croire (Bayard, 2010). Il fera paraître en octobre 2010, aux éditions du Seuil, La traversée des catastrophes. Auteur d'une thèse sur le concept d'espace, Pierre Zaoui a travaillé sur différents aspects de la philosophie française contemporaine et de la philosophie classique, tout en revendiquant une écriture philosophique authentiquement littéraire. Il est un fondateur et collaborateur régulier de la revue Vacarme, dans laquelle il s'est notamment longuement entretenu avec Olivier Cadiot, qu'il considère comme « un romancier du XIXe siècle ayant travaillé chez L'Oréal après avoir couché avec Deleuze sous les yeux d'un Wittgenstein horrifié ». Sur la question littéraire, il a notamment publié How far is the sky (éditions Centre Pompidou, Paris, 2007) à propos de Samuel Beckett.














