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Fragile humanité ?
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avec
Marc Augé anthropologue
Comment l'individu peut-il résister à l'emprise de la marchandise ? Quelles facultés mobiliser afin de préserver une fragilité mise à mal par la précarisation des conditions ? Comment retrouver le sens des autres ? Depuis ses premiers travaux d'ethnologue, en Afrique, jusqu'à son anthropologie des mondes contemporains, Marc Augé est toujours parti à la recherche des fragments d'humanité qui survivent dans une époque aujourd'hui caractérisée par les « non-lieux » qui composent ce qu'il nomme la « surmodernité ». Car ces « espèces d'espaces » qui caractérisent notre contemporanéité, comme les aéroports, voies rapides, échangeurs, clubs de voyage, camps de transit, chaînes hôtelières ou supermarchés qui brassent des individus à la fois massifiés et isolés, sont selon lui marqués par la surabondance événementielle et spatiale, l'accélération du temps et le rétrécissement planétaire. Comment trouver les ressorts individuels et collectifs afin de préserver notre fragile humanité ? Sans doute par un « existentialisme politique », soutient Marc Augé, un progressisme qui ne se satisfait pas de ce qui est acquis mais part du principe que « la liberté réelle de chaque individu humain est la condition nécessaire du bien commun ». Et l'individu accompli est celui qui a la chance de pouvoir inventer sa vie sans la subir. Mais pour avancer dans cette direction, « les politiques devraient, avec les existentialistes, admettre que l'existence précède l'essence et, comme les scientifiques, apprendre à formuler des hypothèses pour les tester ». Puisque l'idée de communauté est consubstantielle à l'idée d'humanité, il convient d'inventer les contours d'un bien commun qui ne tomberait ni dans les ornières des projets totalisants d'autrefois ou hérités de la tradition, ni dans les zones interchangeables et sans âme de notre hypermodernité. Une rencontre avec un anthropologue de la mondialisation qui n'a cessé d'interroger la façon dont les contemporains sont plongés dans des espaces interchangeables où l'être humain est anonyme.
photo © Christophe Raynaud de Lage
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Marc Augé
Né en 1935, Marc Augé s'oriente vers l'ethnologie au début des années 1960, dans le cadre de l'Office de la recherche scientifique et technique d'outre-mer (ORSTOM). Ses terrains de prédilection sont alors l'Afrique (Côte d'Ivoire et au Togo) et l'Amérique latine. En 1970, il entre à l'École des hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS), qu'il a présidée de 1985 à 1995, et où il dirige aujourd'hui le Centre d'études des mondes contemporains. Depuis quelques années, il s'est attaché à une anthropologie du quotidien et à une anthropologie des mondes contemporains dont témoignent notamment Un ethnologue dans le métro (Hachette, 1986), Non-lieux (Seuil, 1992), Le sens des autres (Fayard, 1994), ou encore Pourquoi vivons-nous ? (Fayard, 2003) et Le métier d'anthropologue : sens et liberté, (Galilée, 2006). Il s'intéresse aujourd'hui aux aspects les plus significatifs de la vie contemporaine, privilégiant l'observation des relations sociales dans leur contexte. Il a récemment publié Carnet de route et de déroute (Galilée, 2010) et La communauté illusoire (Rivages, 2010).














