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Comment peut-on être musical ?
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écouter l'enregistrement
(photo © Christophe Raynaud de Lage)
avec
Rodolphe Burger compositeur, musicien et chanteur
Pascal Dusapin compositeur
Art du charme et sortilège, de la passion et de la raison, du savant et du populaire, du temps et de l'espace, de la différence et de la répétition, la musique demeure une énigme. Comment un quatuor ou une chanson parviennent-ils à nous trotter dans la tête ? Cette obsession musicale peut se résumer en une interrogation : qu'est-ce que la reprise en musique ? C'est à cette question que le musicien Rodolphe Burger, en résidence au Conservatoire de Strasbourg, a notamment essayé de répondre au cours d'un séminaire qu'il a animé en 2006 et 2007. « La reprise introduit la question de la réécoute. Celle-ci est tout d'abord liée aux modifications, incomparables dans l'histoire, des conditions de diffusion et de réception de la musique, explique-t-il avec Vincent Casanova (revue Vacarme, n° 47, printemps 2009). Un bouleversement de l'écoute qui a provoqué une mutation au cœur même du rapport que nous entretenons à la musique : « on sait ou l'on croit qu'il nous sera donné l'occasion, un jour ou un autre, de réécouter la musique que l'on vient d'entendre ». De plus, « la reprise devient la seule façon qu'a la musique de parler d'elle-même », comme dans certaines musiques traditionnelles d'Afrique. Lorsque Liszt paraphrase des airs d'opéra ou bien lorsqu'Archie Shepp reprend Duke Ellington, ils font alors savoir comment ils entendent ces musiques héritées, entre hommage et affirmation de soi, citation et distinction. Mais au-delà de la reprise et de la répétition, comment trouver le rythme, le phrasé, la mélodie appropriée pour être écouté ? Est-il possible d'entrer dans les arcanes de ce qui fait la musicalité, comme l'a fait récemment le compositeur Pascal Dusapin, dont l'œuvre est souvent construite sur la répétition des mêmes motifs, et qui s'est intéressé de près à la « création en train de se faire » en décrivant l'enchaînement des décisions qui permettent son écriture ? Entre rock et musique contemporaine, un dialogue entre deux musiciens pour qui composer et écouter, c'est penser.
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Rodolphe Burger
Depuis quinze ans, Rodolphe Burger ne cesse de multiplier les collaborations avec ses alter ego : des auteurs-compositeurs, tels Alain Bashung pour Le Cantique des cantiques ou Jacques Higelin pour les albums Amor Doloroso et Coup de foudre ; des instrumentistes comme le guitariste James Blood Ulmer, le trompettiste Erik Truffaz ; sans oublier les chanteuses Françoise Hardy et Jeanne Balibar. Mais Rodolphe Burger explore également des contrées extra-musicales, dont les mots, les images et les gestes entrent en résonance avec son propre univers. Avec le poète Pierre Alferi, il compose des « cinépoèmes » et offre une bande-son à des séquences de cinéma muet ; avec la chorégraphe Mathilde Monnier, il réinvente les liens entre musique et danse ; avec Philippe Dupuy et Charles Berberian, il forge un spectaculaire concert dessiné. On reconnaît entre mille un accord de guitare signé Burger, une phrase chantée par l'ancien leader du groupe Kat Onoma. Dernier album paru, No sport (EMI, 2009).
Pascal DusapinAncien élève de Iannis Xenakis, Pascal Dusapin explore tous les domaines de la composition - instrument seul, musique de chambre, quatuor, chœur, orchestre, opéra, oratorio... Aucune forme ne le laisse indifférent, ni aucun instrument. Autre champ d'affinité largement visité : les voix, solistes ou chorales. Le style Dusapin se déploie en énergie, en flux, avec un lyrisme certain et une qualité plastique et sonore, mais sait également accueillir pauses et respirations. Pascal Dusapin aime les références littéraires, picturales, philosophiques, qu'il n'hésite pas à intégrer dans ses compositions, grâce à des montages de textes anciens, des travaux reprenant les écrivains de la modernité (Samuel Beckett, Gertrude Stein, Heiner Müller) ou des collaborations avec des auteurs contemporains, comme son complice Olivier Cadiot, qui a écrit pour lui le livret du premier de ses six opéras, Roméo & Juliette. Ne renonçant ni aux acquis d'un certain classicisme ni aux avancées des avant-gardes, Pascal Dusapin construit une œuvre indépendante, hors des chapelles.














