

Homme de spectacle et plasticien, le metteur en scène flamand Jan Lauwers a créé sa compagnie en 1986 et développé un théâtre au langage singulier et novateur. Une écriture scénique finement ciselée entre image, musique, texte et mouvement.
Jan Lauwers et les complices de création de la Needcompany font de leurs spectacles de véritables tableaux qui interrogent l’histoire et l’actualité à partir de l’intime. Un théâtre qui dissèque le sens des choses en créant ses propres ambiances et mélodies. Des pièces de répertoire, toutes de Shakespeare (notamment Jules César,1990, Needcompany’s Macbeth, 1996, Needcompany’s King Lear, 2000) aux créations The Snakesong Trilogy (de 1994 à 1998), Morning Song (1999), aux solos spécifiquement écrits pour des femmes, actrices et danseuses, dans No Comment (2003), en passant par les Needlapb, ces rendez-vous informels, festifs et publics présentant des esquisses de travail, et dernièrement La chambre d’Isabella (2004), la Needcompany a créé plus d’une vingtaine de pièces, sans compter d’autres projets, cinéma et vidéo.
Au Festival d’Avignon, Jan Lauwers a déjà présenté La chambre d’Isabella en 2004 et Needlapb 10 en 2005.
Que signifie un homard ? Cette question absurde et pourtant cruciale dans le texte de Jan Lauwers donne le ton et la couleur de la nouvelle création du metteur en scène et auteur flamand. Cette fiction est mise en scène à travers la conversation de personnages hauts en couleur, d’origines aussi diverses qu’à première vue mystérieuses, à la personnalité et à l’histoire plurivoques… voire, pour certains, laissant planer le doute sur la réalité de leur existence. Ce texte, joué par les acteurs-danseurs-chanteurs de la Needcompany, laisse à chacun la plus grande liberté pour interpréter et témoigner d’une histoire qui du plus triste ordinaire s’amplifie jusqu’à l’extravagance à travers l’imaginaire et la mémoire des événements racontés. Fatigué de la vie, Axel, qui vient de perdre son fils et que sa femme a abandonné, décide de fêter son dernier jour sur terre avant de disparaître. Cérémonie ultime qu’il choisit de célébrer en dégustant un homard à l’armoricaine dans son restaurant favori, justement nommé Le Bazar du Homard. Mais rien ne se passe comme prévu. Explosive, l’actualité, celle des autres et du monde, fait éclater l’action en une succession de dérapages intempestifs. À travers les péripéties du personnage et l’atomisation des scènes et des situations, Jan Lauwers et ses complices font de ce récit noir et enjoué le portrait pointilliste d’une époque embrasée où chacun peine à se définir, le XXIe siècle.
Irène Filiberti

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