Théâtre-musique Création 2009 de Ödön von Horvath Mise en scène Johan Simons Direction musicale Paul Koek Gand / Leiden
Casimir
se rend avec Caroline à la grande Fête de la bière à Munich. Son esprit
n’est pourtant pas à la fête : il vient de perdre son emploi de
chauffeur et craint que sa fiancée, si elle le découvre, ne le quitte
pour un meilleur parti. Mais Caroline n’en a cure et pense que leur
amour est plus fort que l’argent, elle le pense… Ainsi commence Casimir et Caroline,
l’un des chefs-d’œuvre de Ödön von Horváth, joué en français par la
troupe du NTGent. L’atmosphère est au charivari, les têtes tournent
comme les manèges, les conventions sont bousculées, la réalité
s’estompe dans les vapeurs de l’alcool. Mais les hiérarchies sociales
et l’argent roi ne peuvent pas être niés très longtemps et s’imposeront
in fine, pour tout remettre « en ordre ». Car si la fête est ce temps
farcesque et joyeux de l’égalité, de la fierté et de l’identité
populaires, elle est aussi celui, aliénant, commercial et impitoyable,
de la marchandisation générale du monde. Johan Simons et Paul Koek
savent faire la fête et leur « théâtre musical » en possède l’éclat le
plus spectaculaire. La Cour d’honneur accueillera les chansons, les
rires, les danses, les rixes et la colère, de même qu’une musique
véritablement présente, composée d’une dizaine de suites, rythmées par
des tempos endiablés ou mélancoliques, aux accents tantôt rock tantôt
contemporains. C’est dans ce cadre que le duo développera son théâtre
d’intervention, d’histoire et de politique, où le pamphlet social
coïncide avec le constat le plus cruel : là où la structure économique
est la plus oppressante, les luttes de classes s’emparent même de
l’amour, et la loi du plus fort finit toujours par régir les rapports
humains. Imaginé par Bert Neumann, l’impressionnant décor en structures
tubulaires, montant haut le long des murs du Palais des papes, sera
comme le monstre forain qui dévore les rêves des hommes tout en
accueillant leurs danses et leurs jeux. Il sera un écrin pour l’amour,
la joie, la sensualité et, dans le même temps, l’usine où on les
fabrique à la chaîne, le garage où ils finissent enfermés. Car à
travers leur vision de Casimir et Caroline,
c’est l’implacable actualité d’un drame socio-amoureux sur fond de
crise économique que restituent Johan Simons et Paul Koek. ADB
Voilà deux complices qui se retrouvent : le metteur en scène Johan Simons et le directeur musical Paul Koek. Tous deux hollandais, ils ont uni pour la première fois leurs forces au milieu des années 80, à Rotterdam, dans une aventure théâtrale qui a marqué les esprits : le Theatergroep Hollandia, qui deviendra plus tard le ZT Hollandia. Encore mal connus en France où ils ont finalement peu joué, mais célèbres dans tout le nord de l’Europe, Johan Simons et Paul Koek furent les instigateurs d’une manière décapante d’investir des espaces non théâtraux, portant la représentation sur un autre champ d’opération, « sur le terrain », occupant des usines, des hangars, des rues, des stades, des maisons dans un esprit commando qui mettait le jeu, le texte, la mise en scène et la musique en prise directe avec la réalité. En ont résulté des « spectacles-performances », caustiques et perturbants, souvent des tragédies grecques confrontées au monde contemporain du libéralisme, de l’exploitation, de la consommation, des déchirements familiaux. Le travail de leur compagnie s’attachait en effet à une représentation fracassante et réjouissante de la lutte des classes. Adapté du film Les Damnés de Visconti, La Chute des dieux, leur dernier opus commun portant un regard aigu sur le fascisme, a été présenté au Festival d’Avignon en 2004. En 2005, Johan Simons prend la tête du NTGent, le théâtre de Gand, et Paul Koek celle de De Veenfabriek, laboratoire sonore implanté à Leiden. Ils travaillent alors souvent chacun de leur côté, tout en restant proches. Ils se réunissent à nouveau pour proposer une autre expérience de théâtre musical, de théâtre total, dans la Cour d’honneur du Palais de papes. Une aventure où la musique joue un rôle fédérateur : Casimir et Caroline de Ödön von Horváth, dont l’action se déroule pendant une grande fête foraine à Munich. C’est d’ailleurs à Munich, à la direction du prestigieux Kammerspiele, que Johan Simons poursuivra son parcours à partir de 2010.
Brillant mais fulgurant destin que celui de Ödön von Horváth, auteur germano-hongrois qui naquit en 1901 et mourut à Paris trente-sept ans plus tard, écrasé par une branche d’arbre sur les Champs-Élysées, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre les États-Unis. « Chroniqueur » de son temps, selon sa propre formule, il traversa la République de Weimar, vécut la montée du nazisme et s’exila, tout en posant un regard acéré et ironique sur son époque. D’où une œuvre captivante, comprenant aussi bien des contes et des romans que des opus dramatiques (Légendes de la forêt viennoise, Foi, Amour, Espérance, Le Jugement dernier et bien sûr Casimir et Caroline). Il sut en particulier renouveler la tradition du théâtre populaire allemand pour en développer une veine critique qui n’a rien perdu de son actualité. ADB
Mise en scène Johan Simons Direction musicale Paul Koek Dramaturgie Paul Slangen Scénographie Bert Neumann Musique De Veenfabriek / Paul Koek
Avec Reinout Bussemaker, Els Dottermans, Frank Focketyn, Elsa May Averill, Wim Opbrouck, Judith Pol, Yonina Spijker, Ineke Trekker, Louis Van Beeck, Kristof Van Boven, Oscar Van Rompay et les musiciens Ton Van der Meer, Bo Koek, Rik Elstgeest, John Van Oostrum
Production NTGent (Gand) et De Veenfabriek (Leiden) Coproduction deSingel (Anvers), Théâtre municipal d’Utrecht, Festival d’Avignon, Festival d’Athènes et Épidaure, Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg, Palais des Beaux-Arts (Charleroi), Schauspiel Köln (Cologne), Théâtre de Nanterre-Amandiers Centre dramatique national Avec le soutien des Autorités flamandes, de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas à Paris Dans le cadre de En scène les Pays-Bas ! avec le soutien de l'Institut néerlandais du Théâtre (TIN) et du Fonds néerlandais pour les Arts scéniques (NFPK)